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A PROPOS DU ROLE SOCIAL DE LA
SCIENCE
AUGUSTE COMTE ET LES SAINT-SIMONIENS
Communication présentée au colloque
"Auguste Comte : science et politique", organisé
à Paris les 14 et 15 mai 1998 par l'Association pour le
Bicentennaire d'Auguste Comte
Autour de 1830, les relations entre Auguste Comte et les Saint-Simoniens
sont devenues franchement mauvaises. L'époque où
Comte collaborait au Producteur dans l'espoir d'attirer à
lui les disciples de Saint-Simon est bien révolue. Dédaigneux
à l'égard de son ancien maître, Comte se montre
encore plus sévère à l'égard de ceux
qui se réclament de son enseignement. Aux insuffisances
théoriques de ces derniers s'ajoute à ses yeux le
caractère résolument théologique de leur
doctrine, caractère qu'il interprète comme une impardonnable
régression. Ces motifs généraux d'hostilité
se conjuguent avec le sentiment d'avoir été trahi
par son élève, Gustave d'Eichtal, qui a rejoint
les rangs saint-simoniens en 1829[1]. Plus généralement,
l'audience grandissante de l'enseignement saint-simonien l'irrite.
Elle a de quoi l'ébranler dans la mesure où de nombreux
Polytechniciens, des savants comme Lamé et Clapeyron, des
ingénieurs comme Fournel ou Talabot, se montrent sensibles
à ses sirènes[2]. Ils constituent autant de recrues
perdues pour la philosophie positive.
Côté saint-simonien, l'itinéraire d'Auguste
Comte se révèle tout aussi dérangeant. N'est-il
pas l'un des rares à avoir connu personnellement Saint-Simon,
ce qui donne un poids particulier à ses prises de position
critiques, à commencer par le long droit de réponse
qu'il fait paraître en 1832 dans Le Globe à la suite
des attaques dont il fait l'objet[3] ? Tout en fustigeant la sécheresse
de son âme, les Saint-Simoniens ont généralement
conscience de sa supériorité intellectuelle. A plusieurs
reprises Enfantin évoque dans sa correspondance la réponse
argumentée qu'il compte adresser à l'auteur du Cours
de philosophie positive. Cette réponse ne viendra jamais,
preuve s'il en était besoin que ce "mauvais coucheur"
de Comte représente un adversaire formidable[4].
Entre Comte et les Saint-Simoniens, la cause paraît généralement
entendue. Le premier aurait misé uniquement sur la science
pour instaurer une ère nouvelle, tandis que les seconds
se seraient concentrés sur l'industrie, suivant en cela
les conseils de leur maître. "On me dit que vous vous
occupez de doctrine : c'est fort bien, mais vous avez affaire
à un terrible homme. M. Comte veut tout pour la science
; et si nous n'y prenons garde, ces savants deviendront aussi
intraitables que des théologiens catholiques[5]",
aurait déclaré Saint-Simon au jeune d'Eichtal. Autour
des années 1830, les Saint-Simoniens contribuent à
populariser ce jugement que de nombreux commentateurs ultérieurs
reprendront sans nuances.
A y regarder de plus près, l'opposition est moins tranchée
qu'il pourrait y paraître. L'amélioration matérielle
de la condition humaine au travers des progrès de l'industrie
constitue l'un des objectifs essentiels d'Auguste Comte, même
si l'établissement de la philosophie positive constitue
à ses yeux la première condition de cette amélioration
et de ces progrès. C'est dans cette perspective qu'il envisage
la rédaction d'un "traité systématique
de l'action de l'homme sur la nature" à la suite de
son Cours de philosophie positive[6]. De leur côté,
les Saint-Simoniens ne séparent pas la science et l'industrie.
Les deux volumes de la Doctrine de Saint-Simon qu'ils rédigent
collectivement en 1829-1830, sous la conduite de Bazard et d'Enfantin,
accordent d'ailleurs davantage de place aux considérations
sur la science et les savants qu'à l'évocation de
la marche en avant de l'industrie. Cet accent mis sur la science
se renforce dans les réflexions menées par les membres
du mouvement demeurés fidèles à Enfantin
après sa rupture avec Bazard. Les spéculations scientifiques
ne manquent pas dans les textes du Livre nouveau élaboré
à l'époque de la retraite de Ménilmontant[7].
S'il est possible de dégager les grands traits d'une vision
de l'industrie propre à l'auteur du Cours de philosophie
positive et du Système de politique positive, on peut aussi
mettre en évidence une conception saint-simonienne de la
science.
En se limitant au terrain scientifique, la philosophie positive
et la doctrine saint-simonienne peuvent être comparées,
nous semble-t-il, avec profit. Elles présentent de nombreux
traits communs que nous voudrions commencer par passer en revue
avant de détailler leurs différences. Il n'est pas
question de mettre sur le même plan l'entreprise comtienne
et celle des disciples de Saint-Simon et d'Enfantin. L'ampleur
et la cohérence de la première contrastent avec
le caractère fragmentaire, contradictoire et parfois même
délirant de la seconde. On serait bien en peine de trouver
chez Auguste Comte l'équivalent de cette recherche de "la
formule générale de l'esprit humain et la courbe
correspondante[8]" qui confère aux réflexions
d'Enfantin et de son groupe une étrangeté rappelant
celle des spéculations de Fourier. La comparaison entre
les conceptions positiviste et saint-simonienne de la science
nous paraît néanmoins révélatrice de
la nature profonde de l'approche comtienne. Formé à
l'école des utopies de la première moitié
du XIXe siècle par l'intermédiaire de Saint-Simon,
Comte s'en distingue sur toute une série de points. Ceux-ci
permettent de mieux appréhender son originalité
de philosophe et de réformateur social.
Parmi ces points, deux nous retiendrons plus particulièrement
: la question de l'unité des sciences et celle de leur
possible appropriation par le peuple. Que ce soit chez Auguste
Comte ou chez les Saint-Simoniens, ces deux questions sont intimement
liées, on le verra. Profondément dissemblables quant
à leur conception de l'unification des sciences, Positivisme
et Saint-Simonisme divergent également quant à la
diffusion des connaissances scientifiques qu'ils envisagent au
sein de la société de l'avenir. Du terrain scientifique,
on passe insensiblement à celui du politique. Avant même
la rédaction du Système de politique positive s'exprime
chez Comte un dessein d'émancipation intellectuelle du
peuple au moyen de la diffusion de l'esprit positif qui est sans
équivalent véritable du côté des Saint-Simoniens.
LA SCIENCE COMME THÉORIE
Le premier terrain de rapprochement entre Comte et les Saint-Simoniens
tient aux diagnostics comparables qu'ils portent sur la société
des premières décennies du XIXe siècle. Issue
de la Révolution, cette société leur semble
désemparée, divisée. Facilement décelable
dans les soubresauts qui agitent périodiquement la nation
française, l'inquiétude se fait également
sentir au plan des existences individuelles. "Nous vivons
dans une atmosphère où nous respirons malgré
nous, et à notre insu, mille pensées incertaines,
mille inquiétudes vagues[9]", écrit Ballanche
dans Le Vieillard et le jeune homme. Le fondateur du Positivisme
ne voit rien à redire à ce constat sur lequel s'accordent
aussi les auteurs de la Doctrine de Saint-Simon. Mais constater
ne suffit pas. Comte et les Saint-Simoniens partagent le même
souci de remonter aux véritables causes d'un tel désarroi,
à l'apparition de ferments critiques qui se sont progressivement
développés pour donner naissance à la Révolution,
avant de déboucher sur la crise politique, intellectuelle
et morale de leur temps. Certes, les modalités de ce développement
ne sont pas tout à fait les mêmes chez le fondateur
du Positivisme et chez les héritiers de Saint-Simon. L'état
métaphysique de la philosophie positive et l'âge
critique de Bazard, Enfantin et leurs disciples n'en jouent pas
moins des rôles comparables. Tous deux débutent avec
la Réforme avant d'atteindre leur point culminant à
la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Dans le
Cours de philosophie positive, comme dans la Doctrine de Saint-Simon,
le désordre croissant qui les caractérise sert de
repoussoir, que ce soit par rapport à la cohérence
de la civilisation médiévale, ou au regard du nouvel
âge de plénitude vers lequel s'achemine l'humanité.
En germe dans l'oeuvre de Saint-Simon, cette opposition présente
des répercussions immédiates quant à la fonction
sociale de la science. Dans l'état métaphysique
ou à l'âge critique, Comte et les Saint-Simoniens
lui attribuent un rôle destructeur. Elle contribue à
renverser les fausses évidences héritées
du passé, comme en témoigne le long travail de sape
qu'elle a mené contre les fondements de la religion catholique
de Galilée à l'Encyclopédie. Elle possède
du même coup une dimension révolutionnaire. Dans
l'avenir, lorsqu'un nouvel organique aura été instauré,
la science devra au contraire participer à la stabilisation
de l'édifice social. Elle s'érigera pour cela en
un corps de doctrine, en une sorte de dogme[10]. Ce corps de doctrine
n'a pas exactement le même contenu dans la philosophie positive
et dans le Saint-Simonisme. Comte juge la méthode positive
plus importante que les résultats sur lesquels elle débouche,
tandis que les Saint-Simoniens se montrent assez indifférents
aux questions méthodologiques. Par dessus tout, la transformation
de la science en un corps de doctrine qu'envisagent les disciples
de Saint-Simon, Bazard et Enfantin est conçue dans une
perspective religieuse. "Nous marchons vers un monde où
la religion et la philosophie, le culte et les beaux-arts, le
dogme et la science, ne seront plus divisés[11]",
s'enthousiasment les auteurs de la Doctrine de Saint-Simon. Rien
de tel dans le Cours de philosophie positive où la science
demeure profondément laïque. Il faudra attendre l'"année
sans pareille" pour voir le Positivisme s'infléchir
dans un sens religieux, au grand dam d'un Emile Littré.
Afin de se transformer en corps de doctrine ou en dogme de l'avenir,
la science doit se réunifier en dépassant les clivages
disciplinaires qui la caractérisent au début du
XIXe siècle, à commencer par le fossé qui
s'est creusé entre les sciences physico-mathématiques
et celles qui ont trait au vivant. Le fondateur du Positivisme
et les Saint-Simoniens se rejoignent autour de cette exigence
d'unité. Ils n'éprouvent que mépris pour
les "savants spéciaux" qui demeurent enfermés
dans le cercle étroit de leur discipline. Dans son Cours,
Comte évoque leur "radicale inconséquence philosophique[12]",
bien différente du véritable esprit positif. Dans
la Doctrine de Saint-Simon, les disciples de Bazard et d'Enfantin
poussent plus loin leur analyse en mettant en cause l'organisation
institutionnelle de la science française de leur temps,
son caractère individualiste qui compromet la qualité
de ses résultats[13].
La contribution de la science à la société
organique à venir ne doit pas se limiter aux aspects doctrinaux,
loin s'en faut. Car la science a aussi pour fonction d'améliorer
le bien-être matériel des hommes en servant de guide
à leur industrie. Elle doit pour cela permettre d'effectuer
des prévisions. Comte est très clair sur ce point
dans son Cours comme dans ses écrits ultérieurs.
"Ainsi, le véritable esprit positif consiste à
voir pour prévoir, à étudier ce qui est afin
d'en conclure ce qui sera[14]", déclare-t-il notamment
dans son Discours sur l'esprit positif. Les Saint-Simoniens sont
profondément d'accord avec lui. "Le travail scientifique
doit être principalement dirigé dans la vue des besoins
de l'industrie, et c'est principalement dans la science que l'industrie
doit chercher les lumières qui lui sont nécessaires
pour éclairer ses pratiques[15]", peut-on lire dans
la Doctrine.
"Voir pour prévoir", "être principalement
dirigé dans la vue des besoins de l'industrie"
on aurait tort d'interpréter ces mots d'ordre comme autant
de manifestations d'un utilitarisme étriqué. Pour
Auguste Comte, comme pour les Saint-Simoniens, la science n'est
jamais aussi utile que lorsqu'elle parvient à préserver
son autonomie, le privilège qu'elle accorde à la
contemplation sur le souci de rentabilité immédiate.
Un tel privilège constitue l'une des conditions permettant
d'en faire une doctrine ou un dogme. Utilité différée
et préoccupation doctrinale se rejoignent et s'incarnent
dans l'usage répété du terme théorie.
La science est théorie au sens originel de contemplation
; elle constitue également la théorie d'une pratique
visant à transformer le monde.
Dans les premières années du XIXe siècle,
le terme théorie connaît une fortune particulière
à l'Ecole polytechnique. Destiné à former
aussi bien des savants que des ingénieurs, le cursus polytechnicien
se veut en effet apprentissage des sciences dans leur double aspect
de connaissance générale et de propédeutique
à l'action[16]. Les conceptions saint-simonienne et positiviste
de la science portent à coup sûr l'empreinte de ce
moule polytechnicien par lequel sont passés Auguste Comte
et Prosper Enfantin, ainsi que d'autres saint-simoniens de premier
plan comme Michel Chevalier, Henri Fournel, ou Charles Lambert.
En définissant la science comme un édifice théorique,
le fondateur du Positivisme et les Saint-Simoniens prennent du
même coup leurs distances à l'égard de l'empirisme.
On comprendrait mal sans cela le caractère exemplaire qu'ils
accordent à des démarches comme celles de Fourier
ou Carnot. Si la théorie de la chaleur ou les réflexions
sur la puissance motrice du feu incarnent à leurs yeux
la quintessence de l'esprit scientifique moderne, c'est qu'elles
procèdent d'une intuition théorique irréductible
à l'accumulation de données empiriques intuition
que l'outil mathématique permet de formaliser dans le cas
de Fourier , tout en possédant une réelle
capacité prédictive. C'est la "relation intime
et continue de l'abstrait au concret[17]", en d'autres termes
de la théorie aux faits, qu'admire par dessus tout l'auteur
du Cours de philosophie positive.
LA OU LES SCIENCES
Entre Comte et les Saint-Simoniens les divergences sont tout
aussi importantes que les points de convergence. S'agissant de
la science, on pourrait penser qu'elles s'expliquent dans une
large mesure par l'orientation religieuse prise par le Saint-Simonisme
autour de 1830. A cette époque, la philosophie positive
n'a pas encore donné naissance à une religion. On
est encore loin du ton qu'adoptera son fondateur dans le Discours
sur l'ensemble du Positivisme et dans le Système de politique
positive.
En réalité, certains germes de l'évolution
ultérieure de Comte sont déjà décelables
entre les lignes du Cours de philosophie positive. Plus qu'à
la distance entre une religion et une philosophie d'essence laïque,
c'est à une opposition plus profonde entre Saint-Simonisme
et Positivisme qu'il faut tenter de rapporter certaines des différences
que l'on observe dans leurs conceptions respectives de la science
et de son rôle social.
Dans la perspective adoptée par Auguste Comte, l'homme
constitue toujours la référence ultime, l'horizon
indépassable de toutes ses analyses. La distinction entre
l'homme et le reste de l'univers constitue l'un des ressorts essentiels
du relativisme comtien. Aux yeux du philosophe, l'un des intérêts
de l'astronomie tient précisément au rappel du caractère
relatif qu'imprime aux sciences le point de vue humain sous lequel
elles sont constituées. Pas d'astronomie pour une espèce
dont l'organisation serait trop différente de celle de
l'homme. "Aucune science ne peut mieux manifester que l'astronomie
cette nature nécessairement relative de toutes nos connaissances
réelles, puisque, l'investigation des phénomènes
ne pouvant s'y opérer que par un seul sens, il est très
facile d'y apprécier les conséquences spéculatives
de sa suppression ou de sa simple altération. Il ne saurait
exister aucune astronomie chez une espèce aveugle, quelque
intelligente qu'on la supposât[18]", déclare
Auguste Comte dans son Discours sur l'esprit positif. Ce relativisme
subsistera après la transformation du Positivisme en une
religion. Dépourvue de Dieu, indifférente à
l'univers dans son ensemble, la religion positiviste restera d'ailleurs
sur l'homme ; son culte sera rendu à l'humanité
passée, présente et future.
Rien de plus étranger à la sensibilité saint-simonienne
que cette ligne de partage tranchée entre l'homme et ce
qui l'entoure. Plus qu'une religion de l'humanité, le Saint-Simonisme
se veut une religion de l'homme indissociablement uni au reste
de l'univers, ainsi qu'en témoignent les références
répétées que font ses membres les plus éminents
à Spinoza et à sa philosophie qu'ils se proposent
de "compléter[19]". Bien qu'ils se défendent
d'être panthéistes au sens strict, Bazard, Enfantin
et leurs disciples utilisent à dessein un vocabulaire le
laissant supposer[20]. Cette tendance ne fera que se renforcer
dans le groupe resté fidèle à Enfantin après
sa rupture avec Bazard. Dans des écrits comme Le Livre
nouveau, les liens multiples que ce groupe en vient à postuler
entre l'homme et le grand tout semblent rendre possible le développement
de l'astronomie chez une espèce aveugle.
Séparation entre l'homme et le monde d'un côté,
fusion de l'autre : sur cette divergence fondamentale viennent
s'en greffer d'autres, plus directement liées aux questions
scientifiques. Chez Auguste Comte, on le sait, il ne saurait être
question d'une unité de la science qui verrait fusionner
les différentes disciplines scientifiques en un corps de
doctrine monolithique[21]. Entre sciences physico-mathématiques,
sciences du vivant et science sociale, l'écart ne peut
que subsister. L'unité de la science est affaire de méthode,
et encore ne s'agit-il que de la méthode positive réduite
à un certain nombre de préceptes si généraux
qu'ils arrivent presque à se confondre avec la sagesse
commune. C'est dans le droit fil de cette attitude non réductioniste
que Comte se refuse d'envisager la mathématisation de la
sociologie, et qu'il se désintéresse ostensiblement
de la statistique[22]. Les mathématiques, comme tous les
autres outils scientifiques, ne possèdent qu'un domaine
d'application limité.
Science de l'homme indissociable de l'univers, corps de doctrine
transcendant, la science saint-simonienne se présente quant
à elle comme un ensemble de connaissances totalement unifié,
sur le modèle de la scolastique médiévale.
Au sein de cet ensemble cohérent, les mathématiques
peuvent se propager de la physique à l'étude de
l'homme et la société, même si leur contenu
devient de plus en symbolique au fur et à mesure que l'on
s'élève vers la sphère des grandes interrogations
intellectuelles et morales.
En aval des spéculations de Bazard, Enfantin et leurs disciples,
on retrouve l'écho de ce projet de fusion des connaissances
chez un Lamé. Sa Note sur la marche à suivre pour
découvrir le principe seul véritablement universel
de la nature physique de 1863 conserve une saveur toute saint-simonienne
dans son refus d'admettre qu'il puisse subsister plusieurs principes
concurrents au sein de la physique de son temps[23].
Le refus de la fusion pure et simple caractérise en revanche
de nombreux aspects du positivisme, même dans sa version
religieuse, que l'on songe au principe de la séparation
des pouvoirs spirituel et temporel, ou encore à la coexistence
de républiques positivistes distinctes les unes des autres
dans les derniers projets de réorganisation politique d'Auguste
Comte. Sur tous ces points, il est frappant de voir les Saint-Simoniens
effectuer des choix inverses de ceux de l'auteur du Cours de philosophie
positive et du Système de politique positive. Bien que
la société saint-simonienne de l'avenir se fonde
sur la distinction entre prêtres, artistes, savants et industriels,
l'autorité ne s'y partage pas. La spécialisation
fonctionnelle n'entraîne aucune séparation des pouvoirs.
Quant à l'organisation politique de la planète,
elle est conçue dans une perspective beaucoup plus unitaire
que celle de Comte. Un seul régime doit s'imposer de l'Occident
à l'Orient. La "manie d'une unité philosophique[24]"
que Stuart-Mill reproche au Saint-Simonisme s'enracine dans un
désir fusionnel autrement plus profond.
HERMENEUTIQUE OU SCIENCE POPULAIRE
Chez les Saint-Simoniens, l'accent mis sur l'unité de la
science va de pair avec une conception volontiers herméneutique
de ses outils et de ses résultats. Les tentatives d'inteprétation
du calcul infinitésimal auquelles se livre Margerin[25],
ou la recherche de "la formule générale de
l'esprit humain et la courbe correspondante" d'Enfantin doivent
être replacées dans ce cadre. La science, les mathématiques
en particulier font figure de textes qui ne demandent qu'à
être lus et interprétés.
Plus généralement, le monde des Saint-Simoniens
est peuplé de signes et de symboles, de correspondances
mystérieuses et de sympathies agissantes. Rien d'étonnant
à cela, si l'on songe que l'homme et l'univers sont reliés
l'un à l'autre par des milliers de fils invisibles. On
comprend mieux du même coup l'intérêt voué
par certains des disciples d'Enfantin à une doctrine comme
l'homéopathie. L'un d'entre eux, le médecin Léon
Simon, collaborera d'ailleurs à l'édition française
de l'ouvrage majeur du docteur Hahneman, l'Exposition de la doctrine
médicale homéopathique[26].
L'influence du Fourier de La Théorie des quatre mouvements
sur la conception saint-simonienne de la science et du monde est
réelle. Un Charles Lambert s'y réfère d'ailleurs
explicitement dans ses spéculations sur l'astronomie. Mais
la conception saint-simonienne fait aussi songer à celle
du second romantisme allemand, à la vision d'un poète
comme Novalis en particulier. Comme celui de Novalis, l'univers
des Saint-Simoniens porte l'empreinte de "cette grande écriture
chiffrée qu'on rencontre partout", "sur la coque
des oeufs, dans les nuages, dans la neige, dans les cristaux,
dans les formes des rocs, sur les eaux congelées, à
l'intérieur et à l'extérieur des montagnes,
des plantes, des animaux, des hommes, dans les clartés
du ciel, sur les disques de verre et de poix lorsqu'on les frotte
et lorsqu'on les attouche : dans les limailles qui entourent l'aimant,
et dans les étranges conjectures du hasard[27]."
On est très loin, on le voit, d'Auguste Comte. Si ce dernier
reconnaît volontiers le caractère heuristique du
raisonnement analogique, il reste bien en-deçà de
la saisie des symboles et des correspondances sur laquelle les
Saint-Simoniens entendent refonder la science.
Les conceptions positivistes et saint-simoniennes de la démarche
scientifique se distinguent du même coup l'une de l'autre,
même si elles envisagent toutes deux la science comme une
activité fondamentalement théorique. Les Saint-Simoniens
accordent en effet beaucoup plus d'importance à l'intuition
qu'au raisonnement, à la faculté imaginative qu'à
la rigueur hypothético-déductive. Aux termes d'une
telle démarche, la science ne cherche pas à se distinguer
de la théologie, bien au-contraire. Tandis que Comte décrit
inlassablement l'itinéraire qui mène de l'état
théologique à l'état positif, les Saint-Simoniens
aspirent à parcourir ce chemin en sens inverse.
Un autre clivage tient à la question des lois naturelles
et de leur invariabilité. Cette invariabilité constitue
un principe intangible aux yeux de l'auteur du Cours et du Système.
Comment prévoir, en effet, si les régularités
du monde physique ne sont pas absolues. Cette invariabilité
est en revanche remise en cause par les Saint-Simoniens qui imaginent
volontiers un monde en progrès, jusque dans les lois qui
le gouvernent. C'est ainsi qu'un Charles Lambert déclare
: "La perpétuelle stabilité déclarée
par les astronomes me fait mal. Aussi leurs motifs n'ont-ils aucune
base, comme on peut le vérifier sur leur terrain même.
Cette immobilité me fait mal, dis-je, non pas que je craigne
la réalisation des prophéties scientifiques qui
ont cette allure ; mais cette stagnation, cette privation d'enthousiasme
képlérien qui puisse chanter une Jérusalem
nouvelle, me paraissent être la cause du malaise général
de la science[28]."
L'"enthousiasme képlérien" de Lambert
est aussi très fouriériste d'inspiration. Comme
Fourier, Lambert évoque d'ailleurs la perspective d'un
changement radical de climat de la terre lorsque les conditions
du nouvel âge d'or annoncé par les Saint-Simoniens
seront réunies. Avant Fourier, Saint-Simon lui-même
s'était élevé contre le caractère
statique de l'univers tel le décrivait la science laplacienne
de son temps dans ses Lettres au Bureau des longitudes et à
l'Institut de 1808[29]. Auguste Comte reste étranger à
ce genre de spéculation. Dans son acception positiviste,
le progrès ne concerne que l'humanité.
Intuition, imagination, accent mis sur le caractère dynamique
de l'univers : ces caractéristiques de l'approche saint-simonienne
de la science pourraient bien contribuer à jeter un jour
nouveau sur une question ancienne, celle de l'accueil des idées
exprimées par Sadi Carnot dans ses Réflexions sur
la puissance motrice du feu. Si la théorie de la chaleur
de Fourier possède un caractère exemplaire aux yeux
de Comte, les Réflexions, ainsi que l'avait souligné
autrefois Pietro Redondi[30], rencontrent un accueil particulièrement
favorable dans le milieu des savants et des ingénieurs
Saint-Simoniens. Emile Clapeyron et Stéphane Mony-Flachat
vont jouer un rôle déterminant dans leur diffusion.
Une telle réceptivité se comprend mieux si l'on
prend la mesure exacte de l'audace théorique de Carnot,
de sa dimension visionnaire dans laquelle le raisonnement mathématique
tient peu de place. La théorie de Carnot en appelle d'autre
part à l'imaginaire de la transformation perpétuelle,
de la transmutation même, puisqu'elle annonce que la chaleur
peut se transformer en travail. C'est cet aspect dynamique qui
retient l'attention de Mony-Flachat dans son Traité élémentaire
de mécanique industrielle de 1835. "Partout où
il existe une différence de température, partout
où il peut y avoir passage alternatif d'un corps, ou d'une
partie de ce corps, à des degrés différents
de chaleur, il peut y avoir aussi production de force motrice.
La vapeur d'eau est un moyen de réaliser cette puissance
; mais elle n'est pas le seul[31]", écrit ce dernier
en s'inspirant du mémoire de Carnot.
Ce que cherchent à identifier en définitive les
Saint-Simoniens, c'est un ensemble de symétries, de sympathies,
de phénomènes de résonance, de circulation
et de transformation au sein du grand tout. L'un des problèmes
qu'ils cherchent à résoudre ce faisant, problème
que Comte évacue peut-être un peu rapidement, consiste
à rendre compte du phénomène d'individuation
qui donne naissance au sujet humain, sans rien ôter à
la plénitude de l'espèce et de l'univers. Comment
peut-on être à la foi soi-même, une partie
de l'humanité et une portion de l'univers ? Telle est au
fond la question centrale que ne cessera de se poser Enfantin
des textes du Livre nouveau à La Vie éternelle.
Passée, présente, future, qu'il publiera à
la veille de sa mort[32].
Dans la perspective saint-simonienne, il ne saurait y avoir de
rupture entre science et poésie. C'est à une tentative
consciente de réenchantement du monde que procèdent
les auteurs du Livre nouveau. Le projet d'en revenir à
un état théologique de l'humanité peut aussi
se lire sur ce plan.
Les différences que l'on vient de passer en revue sont
lourdes de conséquences quant aux modalités de diffusion
de la science qu'envisagent les Saint-Simoniens. Herméneutique
dont les secrets ne peuvent être percés à
jour que par de grands initiés, la science saint-simonienne
conserve un caractère fondamentalement élitiste,
même si l'art et la poésie se nourrissent de ses
enseignements. On comprend mieux du même coup que l'artiste
soit le complément nécessaire, une sorte de vicaire
du prêtre et du savant. Son art a pour fonction de populariser
un dogme dont les véritables principes demeurent voilés.
Il flotte au dessus de cette conception du rôle social de
la science comme un parfum d'Egypte ancienne. Benjamin Constant
n'avait peut-être pas tort de taxer les Saint-Simoniens
de "prêtres de Thèbes et de Memphis[33]"
dans un des numéros de la Revue encyclopédique de
Charles Dunoyer.
Chez Auguste Comte, en revanche, l'édifice de la science
ne présente rien de mystérieux. Sa compréhension
détaillée nécessite bien sûr des connaissances
qui ne sont pas à la portée de tout le monde. Mais
le public peut saisir l'essentiel de son message, des principes
de la méthode positive à ses résultats essentiels.
Le Traité philosophique d'astronomie populaire veut en
faire la démonstration. La science positiviste est sociale
non seulement parce que la sociologie représente son aboutissement,
mais aussi parce qu'elle participe du règne universel de
la raison et d'un contrôle permanent de la recherche par
le peuple qui doit être capable d'en apprécier le
bien-fondé[34].
UNE ETHIQUE DE LA SEPARATION
Comparer la philosophie positive aux spéculations saint-simoniennes
est un exercice qui possède bien sûr ses limites.
L'édifice conceptuel d'Auguste Comte est sans équivalent
côté saint-simonien. Mais l'entreprise se révèle
instructive. On ne peut qu'être frappé en effet par
la parenté qui unit Comte aux socialismes utopiques de
la première moitié du XIXe siècle. Est-ce
en raison de cette parenté que le Positivisme possède
une dimension onirique, et ce bien avant l'"année
sans pareille" ? Comment ne pas songer à ce propos
à ce qu'écrivait Walter Benjamin dans Paris capitale
du XIXe siècle, lorsqu'il faisait coïncider l'essor
du capitalisme et de la rationalité scientifique et industrielle
moderne avec "un sommeil nouveau, plein de rêves, qui
s'abattit sur l'Europe, accompagné d'une réactivation
des forces mythiques[35]". L'unité, la synthèse
font partie de ces mythes réactivés par le Positivisme
et le Saint-Simonisme, alors même que l'édifice de
la culture se lézarde durablement.
L'une des originalités de Comte consiste à refuser
de donner à cette synthèse un caractère fusionnel.
Il y a une sorte d'éthique de la distance, de la séparation
à l'oeuvre tout au long de son itinéraire intellectuel,
séparation entre l'homme et le monde, séparation
des pouvoirs ou des disciplines scientifiques. La positivité
est précisément conditionnée par la reconnaissance
de ce genre d'écart. L'abolition de toute distance est
pour lui synonyme de régression à l'âge théologique.
Pour les Saint-Simoniens, la positivité réside dans
ce qui relie l'homme à l'univers, dans les flux qui vont
de l'un à l'autre. Pour Comte, la positivité est
activité d'un sujet, d'où cette préoccupation
d'une "synthèse subjective" sous laquelle se
trouvent placées ses dernières années. Plus
encore que le contenu définitivement dépassé
de sa sociologie, c'est ce réseau de prises de distance,
ce que Comte appelle son relativisme, qui en fait l'un des pères
fondateurs de nos sciences sociales contemporaines.
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[1] Sur l'itinéraire de Gustave d'Eichtal, on pourra consulter
W.-H. Chaloner, B.-M. Ratcliffe, A French sociologist looks at
Britain. Gustave d'Eichtal and British society in 1828, Manchester,
Manchester University Press, 1977. Sur les doutes que provoque
sa conversion au Saint-Simonisme dans l'esprit d'Auguste Comte,
cf. M. Pickering, Auguste Comte. An Intellectual biography, volume
I, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, p. 425.
[2] Sur les recrutement polytechnicien du Saint-Simonisme, cf.
A. Picon, Les Polytechniciens saint-simoniens au XIXe siècle,
Paris, Fondation Saint-Simon, 1994.
[3] Sur les relations entre Comte et Saint-Simon, l'ouvrage de
base demeure H. Gouhier, La Jeunesse d'Auguste Comte et la formation
du positivisme, Paris, Vrin, 1933-1941. La mise au point d'Auguste
Comte dans Le Globe du 13 janvier 1832 se trouve reproduite intégralement
dans E. Littré, Auguste Comte et la philosophie positive,
Paris, Hachette, 1864, pp. 191-197.
[4] L'expression figure dans P. Enfantin, lettre à Fournel,
13 mars 1833, Arsenal FE 7647.
[5] G. d'Eichtal, lettre à Rességuier, 26 février
1831, Arsenal FE 7644.
[6] A. Comte, Cours de philosophie positive, Paris, 1830-1842,
rééd. Paris, Hermann, 1975, t. 2, p. 791. On retrouve
le même projet, baptisé cette fois Système
d'industrie positive ou Traité de l'action totale de l'humanité
sur sa planète dans le Système de politique positive.
A. Comte, Système de politique positive, Paris, 1851-1854,
rééd. Paris, Société positiviste,
1929, t. IV, pp. 246-247.
[7] Ces textes ont été malheureusement laissés
de côté dans l'édition donnée par Philippe
Régnier. Le Livre nouveau des saint-simoniens, édité
par Ph. Régnier, Tusson, Du Lérot, 1991. Nous avons
déjà consacré un article aux conceptions
scientifiques des Saint-Simoniens : A. Picon, "Entre Romantisme
et technocratisme. Les Saint-Simoniens et la science", in
Sciences et techniques en perspectives, actes du colloque "Les
Enfants du siècle. Sciences et savants de l'époque
romantique (1815-1830)", t. I, vol. 35, 1996, pp. 11-21.
[8] Livre nouveau. Notes sur l'architecture et les mathématiques,
7 septembre 1832, Arsenal F.E. 7825.
[9] P.-S. Ballanche, Le Vieillard et le jeune homme, Paris, 1819,
rééd. Paris, F. Alcan, 1829, p. 48.
[10] Sur l'importance des notions de doctrine et de dogme dans
les débats de la première moitié du XIXe
siècle, lire M. Riot-Sarcey, Le Réel de l'utopie.
Essai sur le politique au XIXe siècle, Paris, Albin Michel,
1998.
[11] Doctrine de Saint-Simon. Exposition. Deuxième année,
Paris, bureau de l'Organisateur, 1830, p. 164.
[12] A. Comte, Cours de philosophie positive, t. 1, p. 530.
[13] Doctrine de Saint-Simon. Exposition. Deuxième année,
p. 150 et suivantes.
[14] A. Comte, Discours sur l'esprit positif, Paris, 1844, rééd.
Paris, P.U.F., 199, p. 74.
[15] Doctrine de Saint-Simon. Exposition. Deuxième année,
p. 164.
[16] Cf. B. Belhoste, A. Dahan-Dalmedico, A. Picon (dir.), La
Formationpolytechnicienne 1794-1994, Paris, Dunod, 1994.
[17] A. Comte, Cours, t. 1, p. 511.
[18] A. Comte, Discours sur l'esprit positif, p. 68.
[19] Ch. Lemonnier, Notes concernant le Saint-Simonisme, Arsenal
FE 7826.
[20] Une note rédigée par Enfantin au début
de 1830 semble même indiquer qu'il est en réalité
impossible de s'extraire de la perspective panthéiste,
puisque la succession des religions se réduit à
autant d'inflexions apportée au principe fondateur de l'union
entre l'homme et l'univers. P. Enfantin, Note du père sur
la succession des religions, 1830, Arsenal, FE 7644.
[21] Cf. A. Petit, Heurs et malheurs du positivisme. Philosophie
des sciences et politique scientifique chez Auguste Comte et ses
premiers disciples (1820-1900), thèse de doctorat dactylographiée,
Paris, Université de Paris I-Sorbonne, 1993.
[22] Cf. T.-M. Porter, The Rise of statistical thinking 1820-1900,
Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 155-156 en particulier.
[23] G. Lamé, Note sur la marche à suivre pour
découvrir le principe seul véritablement universel
de la nature physique. Extrait des Comptes rendus de l'Académie
des sciences, tome LVI, séance du 25 mai 1863, Paris, Mallet-Bachelier,
1863.
[24] J. Stuart-Mill, Correspondance inédite avec Gustave
d'Eichtal, Paris, F. Alcan, 1898, p. 35.
[25] H. Margerin, Disseration philosophique sur les mathématiques,
Arsenal FE 7856.
[26] S. Hahnemann, Exposition de la doctrine médicale
homéopathique ou organon de l'art de guérir, précédée
d'une notice sur la vie, les travaux et la doctrine de l'auteur,
par M. Léon Simon, Paris, J.-B. Baillière, 1856.
[27] F. von Hardenberg, dit Novalis, Les Disciples à Saïs,
1802, rééd. in Romantiques allemands, t. 1, Paris,
Gallimard, 1976, pp. 343-379, p. 347 en particulier.
[28] Ch. Lambert, Travail de Lambert sur le Livre nouveau, 1832,
Arsenal F.E. 7640.
[29] Cf. A. Picon, "Entre Romantisme et technocratisme.
Les Saint-Simoniens et la science".
[30] P. Redondi, L'Accueil des idées de Sadi Carnot, Paris,
Vrin, 1980.
[31] S. Mony-Flachat, Traité élémentaire
de mécanique industrielle. Résumé des traités
de Christian, Poncelet, d'Aubuisson, Coriolis, Hachette, Lanz
et Bétancourt, Ch. Dupin, Borgnis, Guenyveau, Leblanc,
etc., etc., Paris, L. Tenré, H. Dupuy, 1835, p. 71.
[32] P. Enfantin, La Vie éternelle. Passée, présente,
future, Paris, E. Dentu, 1861. Il est regrettable que ce texte
n'ait jamais fait l'objet d'une étude approfondie.
[33] L'expression se trouve dans la Revue encyclopédique,
t. XXIX, février 1826, p. 29. Elle suscite aussitôt
une réaction indignée du rédacteur en chef
du Producteur, t. 2, 1826, pp. 531-532.
[34] Cf. B. Bensaude-Vincent, "L'Astronomie populaire, priorité
philosophique et projet politique", in Revue de synthèse,
t. CXII, n° 1, janvier-mars 1991, pp. 49-59.
[35] W. Benjamin, Paris capitale du XIXe siècle. Le Livre
des passages, Francfort, 1982, trad. fr. Paris, Cerf, 1989, p.
408.
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